Centre d'art contemporain de Mont de Marsan du 2 Octobre au 2 Décembre

QUARTET
Cette exposition est singulière en cela qu’elle est plurielle par la démarche des artistes qui donnent à ces oeuvres, à six ou huit mains (participation sur une œuvre de Pierre Buraglio) ,une dimension rare comme celle du partage, une dynamique et une “prise de risque” des artistes que la création solitaire ne saurait apporter .
Voici ce qu’en écrit Pierrre Buraglio :
Carriéristes de tous pays : liquidez-vous. (Bombage sur un mur du Xxe arrondissement de Paris).
Il ne s'agit ici (mais jamais sérieusement il ne le fut) que d’une question de formes et de couleurs "en un certain ordre assemblées". (1)
L'idéologie de l'Art pour l'Art, si vivace comme le Formalisme, ne sont que des impasses. L'Inspiration comme la Tour d'Ivoire, des clichés éculés.
Non : ce qui m'intéresse chez ces trois jeunes peintres : Claude Buraglio, Jo Brouillon, Franck Garcia - c'est leur posture. Ce sont les attitudes pratiques, matérielles qui investissent celle-ci. Précisément dans une société fondée sur l'égoïsme qui cherche par mille appâts à corrompre, à avilir.
Ces artistes, ces citoyens s'essaient et réussissent dans une certaine mesure à couper court avec l'individualisme - face dévoyée de l'individualité, à provoquer l'échange, la réciprocité.
Oui, leurs peintures collectives, leurs "cadavres exquis", pour reprendre la nomination surréaliste, bien que trop connotée idéologiquement et esthétiquement, leurs jeux triangulaires et jeux avec eux-mêmes dans les questions et réponses données à l'autre / aux autres, m'intéressent beaucoup.
Je rapprocherais cette pratique de l'improvisation collective qu'elle appartienne au New-Orleans ou au Free-jazz (2).
C'est aussi sans doute pour cela qu'elle me séduit, requiert mon intérêt, ainsi que l'économie de moyens recourus... Ce sont des toiles libres. Un faire simple et efficace une pauvreté au sens franciscain.
J'ai eu l'occasion de voir pour la première fois les travaux de Claude, Jo et Franck, réunis sous le titre "Carte blanche - traits noirs" à Langon, puis au Salon de Montrouge (où ceux-ci furent bien remarqués) et plus récemment pour le prix Antoine Marin à Arcueil, où je les parrainais. Mes premières bonnes impressions perdurent aujourd'hui.
Ils peignent. Ils ont donc compris que cette "survivance", (cet archaïsme pour certains) était plus que jamais vivant. Qu'il ne fallait pas essayer de rivaliser avec le développement ininterrompu de techniques. Simplement savoir s'annexer le nécessaire.
Reste le point crucial, plus déterminant que le "Comment", le “Pourquoi" de ces images, de ces signes de cette polysémie. Sur ces surfaces peintes des positions discordantes se manifestent c'est évident. La situation est ouverte, à chacun de s'y retrouver ou pas. Dans ce sens, je ne cacherai pas que telle image, tel signe porteur d'un discours, d'un développement inévitable suscitera ma probation ou au contraire m'amusera, sera m'émouvoir... Encore une fois la situation reste ouverte.
En manière de conclusion...
Remarqué au mois de juillet à Agrigente sur des calicots apposés à des balcons des maisons, à l'adresse du saint patron Calogero "Viva san Carlo" sur l'un. Et "Non noi respettiamo San Calogero" (3)
Pierre Buraglio
1) Maurice Denis
2) Cet été : le duo d'Herbie Hancock - Lang Lang jouant Chopin
3) Nous ne te respectons pas San Calogero.
Marc Pessione, Août 2009
Garcia, Brouillon, Buraglio, trois artistes peintre, trois univers différents, trois amis qui décident de faire quelque chose ensemble, d'essayer de faire une toile à six mains, essayer une association, une collaboration de techniques mixtes, faire à trois, oublier le solitaire de l'artiste dans son atelier.
Voilà comment commence en 2007 l'aventure collective du "trio Aquitain".
Sans se gêner, ils remplissent chacun à leur tour de grands formats de toile libre (200 x 200 cm env.). Sans complexe, ils partagent, échangent, discutent des idées construisant une toile faite de leurs envies, émotion du moment, l'un apportant un trait, une figure, l'autre rajoutant sa touche, sa patte.
Dans ces échanges, ils découvrent au fur et à mesure ce que veut dire " le collectif ", avec ses contraintes, ses doutes, la peur de ne pas être à la hauteur… Comme des musiciens qui se rassemblent pour faire un bœuf, ils se posent tous les trois, se lâchent remplissant le blanc, sans prétention et avec une humilité presque naïve. Ils posent de la couleur, racontent une histoire, fabriquent un univers, s'inspirant de textes de poèmes de tableaux, ils se nourrissent et se documentent ajoutant une pierre à l'édifice, ils remplissent le blanc avec un plaisir enfantin, généreux et positif, l'émulation en étant presque au détriment de leurs travaux personnels. Début 2008, ils montrent pour la première fois les toiles agrafées aux "Carmes" de Langon et la mayonnaise prend tout de suite, les gens viennent et reviennent, se questionnent et s'intéressent à la démarche collective.
Le collectif serait-il contagieux ? Sans aucun doute, il suscite un intérêt, de la curiosité et surtout, je pense une réelle envie de travailler de partager sans rivalité pour un résultat qui mérite pour le coup d'être vu.
Marc Pessione, Août 2009